vendredi 8 juillet 2011

Que deviendra l’histoire? Elle racontera "des pinces avorteuses", et une hideur affreuse tombera sur l’âme humaine

Du couteau de la guillotine à celui de l’avortement, l’histoire de la Révolution s’écrit avec une plume de fer. Cette pensée ou plutôt cette image m’est revenue à l’esprit en lisant la page de Léon Bloy...

«Le vacarme du canon lointain continue, semblable au bruit d’un pilon énorme répercuté par des falaises colossales. C’est quelque chose comme le mea culpa de la France, le Confiteor des blasphèmes, des infidélités, des lâchetés, de l’ingratitude infinie du peuple de la Reine douloureuse, et on ne voit pas le terme de cette pénitence. Tout ce qu’on voit et tout ce qu’on entend, c’est le canon, l’homicide canon, infatigable et piaculaire.

Piaculaire, sans doute, mais sans beauté. Le châtiment ne conviendrait pas s’il était accompagné de magnificence. Le canon est une invention de la mécanique. Il est laid et bête autant que redoutable. Tuant les hommes à distance, il met à néant les plus nobles emportements du courage humain. Des soldats au cœur sublime sont frappés à mort avant d’avoir aperçu l’ennemi. Tout ce qu’il pouvait y avoir de beauté dans les guerres antérieures a disparu. L’héroïsme désormais consiste à endurer avec patience le froid, la faim, la pluie, la boue, l’ordure, l’atroce ennui et une mort sans gloire ni consolation. Une supérieure justice le veut ainsi et il faut bien y consentir.

Mais que deviendra l’histoire? Autrefois, il n’y a pas beaucoup plus d’un siècle, elle racontait des hommes tels que Lannes, Murat, Ney et cinquante autres, pour ne rien dire de celui qui les animait de son génie. Elle racontera des canons, et une hideur affreuse tombera sur l’âme humaine.»

Léon BLOY,
Dans les ténèbres.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire