mercredi 28 décembre 2011

Abbé Beauvais : "La peur des bien-pensants"

Extrait de l’éditorial de l’abbé Xavier Beauvais, paru dans le journal paroissial Le Chardonnet, décembre 2011.

Nous n’avons pas reçu la grâce du baptême, nous n’avons pas eu la grâce de voir un peu plus clair que les autres dans la crise que traversent l’Église et la société pour faire de nous des catholiques style petits-bourgeois, repus de mondanités, de soirées, mais toujours absents quand le combat ou même le simple service demandent quelque effort, comme ce sera le cas tous les soirs et peut-être dans le froid du 8 au 17 décembre. Il y a des évêques membres d’une cinquième colonne qui travaillent à la destruction de l’Église, du dedans, et qui veulent la transformer en quelque chose de tout à fait différent. Il y en a d’autres qui, quand il s’agit d’intervenir lorsque la foi est en danger, lorsque le nom du Christ est bafoué, ne font aucun usage de leur autorité sinon pour affirmer la liberté de conscience, la liberté d’expression ou de créativité artistique. Ils ferment les yeux, appellent à la modération ou essaient par une politique d’autruche d’ignorer ce qui se passe, prisonniers qu’ils sont de cette maladie de l’intelligence qui les a rendus tels des chiens muets, maladie qui porte un nom destructeur : libéralisme.
Ils ont donc peur d’être attaqués dans les médias, d’être traités de «réactionnaires», «gens à courte vue», «moyenâgeux», «étroits», «intégristes», «fascistes», «nazis». 
Même dans nos milieux, parce que même parmi nous ce même libéralisme a imposé le silence à tant de clercs et tant de laïcs, a atteint, parfois parmi les meilleurs d’entre nous, qui, sur certains sujets sur lesquels l’Église a pourtant parlé, ne voudraient pas passer pour des «tradi-coincés». 
La chose qui les unit tous, c’est qu’ils craignent plus les hommes que Dieu, et ceci est très grave, car c’est le commencement de notre défaite en tant que catholiques. A eux s’applique le mot de saint Pie X : « La puissance des méchants se nourrit de la lâcheté des bons. » 
Cette léthargie, il est vrai, de ceux qui occupent ou non une position d’autorité, est la maladie de notre temps très répandue également en dehors de l’Église. On la trouve chez les parents, les professeurs.
Si elle s’est introduite dans l’Église, c’est parce que la lutte contre l’esprit du monde, engagée par l’aggiornamento, a fait place à un relâchement et à l’abandon à l’esprit du temps. Mais, comble de l’ironie, ceux-là mêmes qui font preuve d’une si grande léthargie face au mal, à l’erreur, au péché, au blasphème, adopteront une attitude autoritaire envers ceux qui luttent pour la vérité, pour défendre l’honneur de Jésus-Christ, envers les vrais croyants qui font ce qu’eux-mêmes auraient dû faire, vérifiant par là ce que disait Louis Veuillot : « Il n’y a pas plus intolérant qu’un libéral. »  
Alors la voix de Pie XII se fait entendre : « Il est temps, chers fils, de secouer la funeste léthargie. C’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations ; de sauvage il faut le rendre humain, d’humain le rendre divin, c’est-à-dire selon le cœur de Dieu. Ce n’est pas le moment de discuter, de chercher de nouveaux principes, d’aligner de nouveaux buts et objectifs. Les uns et les autres sont déjà connus et assurés dans leur substance parce que enseignés par le Christ lui-même, mis en lumière par l’élaboration séculaire de l’Église. C’est la fidélité au Christ Jésus, à sa parole, à son esprit, qui assure le passage de la grâce. Je suis venu mettre le feu sur la terre, a dit Notre-Seigneur, signe de contradiction. »
Alors attention à tout cet esprit délétère qui amène la peur, peur d’être inadaptés au monde, peur d’être coupés du monde, peur de passer pour des illuminés, des retardataires, peur de paraître attachés à des formes surannées. 
Dans cette crainte de ne pas être de son époque, le chrétien veut faire flèche de tout bois. Au lieu de prendre simplement dans le monde ce qui est bon ou indifférent, ou encore de garder une sage mesure dans l’emploi des moyens terrestres, il ne cesse de parler du monde, de le flatter, d’en utiliser les ressources, même dangereuses ou mauvaises, et d’afficher à l’égard du mal ou du péché une indulgence scandaleuse sous prétexte qu’il faudrait être moderne à tout prix. 
Mais faudrait-il par rapport au mal, par rapport au monde moderne, user de diplomatie ? Le cardinal Pie nous répondait déjà le 14 janvier 1870 : « Notre siècle est fatigué d’expédients, fatigué de transaction et de compromis. Trop de diplomatie dans le maniement de la vérité n’honore et ne grandit point notre caractère à ses yeux. La sincérité nous sert mieux dans son esprit que l’habileté. D’ailleurs, après qu’on a tout essayé, l’heure ne serait-elle pas venue d’essayer enfin la vérité chrétienne ? »

De quelle diplomatie faut-il user ?
Soyez diplomates ! Slogan ecclésiastique qui prend un sens aujourd’hui encore plus dangereux qu’autrefois.
Soyons diplomates, oui, mais à condition que la diplomatie envisagée ne soit pas infidélité, trahison envers la doctrine, lâcheté devant les attaques répétées contre Notre-Seigneur, sa Sainte Mère, les choses saintes. La fausse prudence constitue une erreur magistrale sur le plan apostolique. Elle se confond avec la crainte des hommes. Le monde n’attend pas, et Dieu certainement moins encore, que nous enveloppions toujours ce que nous croyons. Cette prétendue prudence n’est en réalité qu’infidélité envers Dieu. Or, aujourd’hui, que d’atténuations, de présentations colorées, nuancées, d’omissions qui viennent tronquer la parole et la doctrine de Jésus-Christ. Il n’y a donc pas pour nous de demi-mesure, ni de tiédeur possible. « Oui, oui, non, non. » Il faut être pour ou contre le Christ et « quiconque, dit saint Jacques, veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. » « N’aimez ni le monde, dit saint Jean, ni rien de ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. » On ne peut être à la fois pour Dieu et pour le monde. 

Pour donner Jésus Christ et sa parole, il faut fatalement heurter le monde. Certes, il faut aimer les hommes d’une vraie charité, mais sans cesser de combattre le monde. La doctrine évangélique est loin de la paix à tout prix. Donc pas de compromission, pas de lumière sous le boisseau. L’apôtre tel que vous devez tous l’être dans votre milieu, doit être zélé, bon, indulgent, compréhensif, accueillant, mais la fidélité à Dieu, à Notre-Seigneur Jésus-Christ doit éviter toute complicité ou compromission avec le mal. De là des attitudes de réserve, de distance, de boycott, avec des hommes ou des organismes qui incarnent le mal d’une manière ou d’une autre. Car c’est trahir Dieu que de laisser croire qu’on peut pactiser avec ses ennemis. Saint Paul disait déjà : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile. » Comment concevait-il cette annonce ? Il s’en explique aux Corinthiens : «Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas oui et non. Car le Fils de l’homme, le Christ Jésus n’a pas été oui et non. Il n’y a eu que oui en lui.» Et encore : « Nous ne sommes pas comme la plupart qui trafiquent la parole de Dieu. Non, c’est en hommes sincères, c’est en envoyés de Dieu que devant Dieu nous parlons dans le Christ. » 
La vérité ne peut être adaptée. On trouve là encore la raison du silence devant les plus grands blasphèmes, celle de paraître trop absolu dans l’expression de la vérité, trop brutal, trop mystique ou « moyenâgeux » selon les cas, au regard de l’esprit du siècle. Qu’entend-on de la bouche de ceux qui devraient parler ? Que le sens de l’histoire et l’évolution interdisent qu’on s’en tienne à une conception «périmée» du dogme ; que le progrès de l’esprit humain et de la matière exige une adaptation. Il en résulte que la morale devient toute relative et que disparaissent insensiblement les notions fondamentales de bien et de mal, de grâce et de péché. « Des vérités incomplètes, disait Abel Bonnard, restent infécondes. » Voilà pourquoi nous avons pris les armes, de la foi, de la parole, de la sainte colère pour lutter contre le blasphème érigé en expression culturelle. 

Notre-Seigneur en a donné l’exemple, il a accusé les pharisiens avec vigueur et en face, ses imprécations sont connues.

Mais laissez-moi terminer par cette exhortation du cardinal Pie : « Nation chrétienne et catholique depuis le premier instant de sa formation, la France est venue à ce point que la neutralité religieuse est présentée désormais comme essentielle à son droit public. Il en coûte cher à la terre, il en coûte cher aux nations de ne pas fléchir le genou devant le nom et la royauté de Jésus. Ce sont alors d’autres génuflexions qu’il faut faire. La langue qui refuse de s’ouvrir pour proclamer et confesser la puissance du Roi Jésus, à quels silences humiliants n’est-elle pas condamnée ! Comme si nous pouvions inventer un autre fondement que celui qui a été évidemment posé et qui est le Christ Jésus ! Comme s’il tenait à nous qu’il y ait sous le ciel un autre nom donné aux hommes et dans lequel ils puissent trouver le salut. Entends donc, ô France, entends la déclaration de ton Dieu et ton Roi : « Celui qui rougira de moi et de ma doctrine et de ma loi, le Fils de l’homme rougira de lui. »

Abbé Xavier Beauvais, (Numéro 273 du Chardonnet).

Merci à Combat pour la foi.

6 commentaires:

  1. Le terrible drame du Catholicisme français actuel, c'est que ceux qui parlent le langage de la Vérité sont schismatiques mais non hérétiques et ceux qui refusent le langage de la Vérité, les maîtres de l'Eglise actuels, sont hérétiques mais non schismatiques. C'est vraiment le temps de la "désorientation diabolique" annoncé avec insistance par Notre-Dame et soeur Lucie !

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  2. Bonsoir Anonyme,

    je suis sûre que par amour pour l'Église vous faites beaucoup de sacrifices et de prières à l'exemple de Sœur Lucie.

    Que Dieu vous bénisse.

    anne

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  3. Bonsoir madame, vous avez bien raison : à la modeste suite des meilleurs enfants de l'Eglise (soeur Lucie...), je souffre profondément de l'"angor ecclesiae", à cause de l'effroyable crise que nous traversons. Par ailleurs, votre réflexion me rappelle cette parole (citée de mémoire) de soeur Lucie pour les petits, inspirée par Notre-Dame : "Dans les temps que nous vivons, le Bon Dieu et Notre-Dame ne demandent pas de sacrifices héroïques mais que l'on reste tout simplement bien fidèle à son devoir d'état et que l'on récite aussi simplement son Chapelet tous les jours." C'est ce que l'individu misérable et pêcheur que je suis essaie de mettre en pratique quotidiennement ("beaucoup de sacrifices" : ce n'est pas toujours facile car ma vie est déjà bien dure !).

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  4. P.S. : Il est vrai que j'aurai dû écrire, plus honnêtement, pour mon premier commentaire : "...maîtres de l'Eglise actuels, sont fortement suspects, JE LE CROIS EN CONSCIENCE DEVANT DIEU, d'hérésie...".

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  5. Bonjour Anonyme,

    être bien fidèle à nos prières, cela semble si simple... sans l'aide de l'Esprit-Saint nous ne serions capables de rien.

    Pour les sacrifices, ceux qui ne sont pas offerts en union à la Croix du Christ, restent stériles. Qu'ils soient grands ou petits.

    Que l'Esprit-Saint inonde votre vie.

    anne

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  6. N'oubliez pas tous les martyrs de notre temps qui sont le Corps du Christ en Croix. Nous sommes tous membres de ce Corps qui souffre.

    Que Dieu nous fasse Miséricorde.

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