mercredi 28 décembre 2011

Gilbert Collard : Noël disparaît d’Irak, en France, tout va bien, on fait une petite guerre aux crèches...

Libres propos de Gilbert Collard

J’en ai vu un peu partout, des messes de Minuit : au Tchad, en Egypte, au Liban, au fin fond de l’Auvergne, dans des églises froides à faire geler les bénitiers, dans des chapelles chauffées à faire fondre les cierges.

Jamais messe de Minuit (1) ne m’aura autant troublé que celle célébrée en l’église de Vauvert, dans le Gard, où les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, autrefois, faisaient halte et prière, où Saint-Louis s’agenouilla, où le pape Urbain médita, où les lourdes pierres se taisent du secret silence des âmes.

Je m’attendais à la classique messe de Noël qui annonce la seule nouvelle révolutionnaire depuis plus de deux mille ans : la naissance d’un pauvre divin dont tout le monde parle pour l’aimer, le haïr, le moquer, l’imiter sans le dire, l’imiter en le disant, trahi autant par les siens que par les autres, mais qui est là, langé dans une mangeoire éternelle de clochard céleste, pour l’amour, la dignité, et la misère de tous les hommes. C’est ringard à dire, mais depuis lui, on se sent moins seul !

La messe commence. Le prêtre s’installe. Soudain, un groupe bruyant se bouscule dans l’allée centrale ; il figure des touristes, que mène un guide muni d’un porte-voix ; il leur explique qu’il y a longtemps ce lieu servait à la célébration du culte chrétien, mais que les chrétiens ont disparu, faute d’avoir tenu bon, d’avoir cru bon, et que cette église est désormais une curiosité historique ! Cette mise en scène est courageuse ; elle en dit long sur le sentiment d’insécurité des chrétiens. Bravo le curé d’avoir sonné les cloches de la réalité !

Noël disparaît d’Irak. Pour la deuxième année consécutive les chrétiens de Bagdad ne fêteront pas l’anniversaire de la naissance du Christ. A Madalla, près d’Abuja, au Nigéria, la messe de Noël a coûté la vie à trente fidèles. Les chrétiens d’Orient sont persécutés et tout le monde des droits de l’homme s’en fout comme de sa première indignation syndicale. Pas un char BHL en vue ! En France, tout va bien, on fait une petite guerre aux crèches, aux sapins de Noël, à nos traditions, à nos calendriers, à l’occasion on pisse ou l’on chie sur Jésus, pour la plus grande fermentation théâtrale des esprits créateurs et excréteurs. Tout cela n’est pas grave, on ne meurt, pour l’instant, que de rire … source

(1) Quand je dis messe de Minuit, c’est une façon de parler, car c’était en réalité la messe de la veillée de Noël, puisque minuit, c’est tard, hors télé, pour les enfants modernes.

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