samedi 12 janvier 2013

"C'est la France qui est dans la rue" : titre du prochain numéro du journal, Monde & Vie


ENTRETIEN AVEC ALAIN ESCADA
Monde et Vie : Ne risquez-vous pas de confondre manifestation et procession ?
Alain Escada : Pas du tout. Notre manifestation est une ini­tiative de laïcs. Disons que nous voulons additionner les moments, qu’il y ait un temps authentiquement politique et un temps dévolu au spi­rituel. Nous allons essayer de multiplier les slogans et les témoignages, mais ce sera en fonction du temps que nous avons, selon l’afflux plus ou moins grand des (...) lire la suite
ENTRETIEN AVEC TUGDUAL DERVILLE
Monde et Vie : Vous mettez l’accent sur le caractère unitaire de la manifestation. Comment se traduit-il « sur le terrain » ?
Tugual Derville : Réussir à lancer, en France, un mouvement unitaire de cette ampleur, était une gageure. Or, sans que les diversités, voire les divergences, soient effacées, cette unité s’est réalisée et la Manif pour tous rassemble aujourd’hui plus de 30 associations, qui diffèrent à la fois par l’ancienneté, la taille et la structuration. On y trouve aussi bien les associations familiales catholiques que les(...) lire la suite

Editiral - Monde & Vie
Lorsque paraîtront ces lignes, il est probable qu’un fleuve humain, une manifestation monstre, aura déferlé dans les rues parisiennes pour protester contre le projet de loi visant à légaliser le « mariage » homosexuel, qui ouvre la porte à l’adoption d’enfants par les « couples » ainsi constitués. Combien seront-ils à crier leur refus de ce bouleversement gravissime du code de la famille ? 500 000 ? Un million ? Plus encore ? Peu importe : de nombreux indices laissent penser que la protestation sera énorme. Partout des cars sont affrétés. Les trains vers Paris sont complets. La France bouge. Le pays réel se lève.
Le pouvoir ne l’avait pas prévu. L’ancien ministre de la Santé Georgina Dufoix confiait récemment à un dirigeant de la « Manif pour tous » que les responsables socialistes croyaient encore cet automne que seule la frange la plus « réactionnaire » des catholiques protesterait. Comme elle soulignait le danger de supprimer du Code civil les mots « père » et « mère », au cours d’un cocktail réunissant les anciens ministres de François Mitterrand, ses interlocuteurs lui répondirent qu’il ne s’agissait que d’une modification sémantique sans grande conséquence. Autrement dit, les promoteurs de cette loi eux-mêmes n’en mesurent pas le risque ! Ces apprentis sorciers, uniquement préoccupés de leur tambouille électorale, jettent dans leur chaudron de sorcière des produits toxiques sans se rendre compte que leur brouet est de nature à empoisonner la société française et à durablement abîmer la civilisation.
Ils ne sont pas les seuls à sous-estimer ce danger. La présidente du Front national, Marine Le Pen considère que « lancer ce débat aujourd’hui est un piège au bénéfice exclusif du PS et de l’UMP », une « diversion politique » destinée à « cacher la politique libérale du gouvernement » et à « recréer artificiellement le clivage gauche-droite qui n’existe plus ».
Certes, le gouvernement compte sur les sujets de société pour donner le change à sa gauche, qui lui reproche de ne pas rompre davantage avec la politique économique conduite par son prédécesseur. Mais Marine Le Pen se trompe. On se remet d’une crise économique, il est possible de corriger de mauvais choix économiques et les conséquences qui en découlent, même si ce n’est pas facile, prend du temps et exige des efforts très contraignants. Mais il est beaucoup plus difficile encore de soigner les fractures de civilisation et c’est de cela qu’il s’agit ici.
Si nos politiques ne le voient pas, comme elle, comme François Hollande, comme les dirigeants de la droite classique qui se montrent aussi d’une discrétion de rosière (même si Jean-François Copé, pour des raisons qui, je le crains, tiennent principalement à sa stratégie personnelle au sein de l’UMP a appelé à manifester), c’est qu’ils ont oublié le vrai sens, le sens noble du mot « politique ».
Toute la classe politique, heureusement, ne fait pas défaut. Des milliers de maires ont fait connaître publiquement leur opposition au « mariage » homosexuel et à l’adoption et de très nombreux élus – dont les députés du Front national, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard – ont fait savoir qu’ils participeraient à la manifestation du 13 janvier.
Autre bonne nouvelle, les évêques français se sont montrés à la hauteur de la situation. Sans appeler officiellement à manifester – ce qui aurait été une erreur, le gouvernement cherchant à faire croire, contre l’évidence, que l’opposition au projet de loi est le fait des seuls catholiques –, ils prêchent d’exemple, comme le cardinal Barbarin, primat des Gaules, qui a fait savoir qu’il manifesterait.
La meilleure nouvelle, cependant, c’est la spontanéité de cette protestation. Le combat continue, les Français sont au rendez-vous.
Eric Letty

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