vendredi 8 février 2013

La loi de 1905 n'est pas une séparation, mais une subordination de l'Eglise par l'Etat

SOURCE - Bulletin d’André Noël - 28 janvier 2013


Cela fait des siècles maintenant que cet abus dure, c’est pourquoi nous n’y faisons plus attention, c’est entré dans nos moeurs politiques et nous ne nous rendons plus compte du scandale que cela constitue ni de l’atteinte portée à la liberté religieuse.

De quoi s’agit-il ? Selon la législation française, un ministre du culte ne peut marier un couple sans que celui-ci soit passé à la mairie au préalable. La transgression est punie par la loi, en l’occurrence l’article 333-21 du Code pénal qui date de 1810 : « Tout ministre d’un culte qui procédera, de manière habituelle, aux cérémonies religieuses de mariage sans que ne lui ait été justifié l’acte de mariage préalablement reçu par les officiers de l’état civil sera puni de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende. » Tous les ans, des prêtres, des pasteurs, des rabbins sont condamnés de ce chef.

Ce fut massivement le cas après la première guerre mondiale : les veuves de guerre perdaient leurs pensions si elles se remariaient, celles qui étaient catholiques ne voulant pas d’un mariage civil trouvèrent des prêtres charitables qui les marièrent discrètement dans leur sacristie, en présence de deux témoins. Quand cela se savait, la très anticléricale IIIe République poursuivait impitoyablement les ecclésiastiques qui violaient la loi inique.

Cela veut dire, du point de vue catholique, que l’Etat subordonne l’administration d’un sacrement, celui du mariage, à une autorisation administrative, ce qui est un abus de pouvoir, une entrave à la liberté religieuse puisque seule l’Eglise est souveraine pour définir les conditions d’accès à un sacrement.

Les pouvoirs publics n’ont pas à s’en mêler. C’est exactement comme si l’Etat interdisait le baptême (ou la circoncision) avant que l’enfant ait été déclaré à l’état-civil, ce serait autant mais pas plus scandaleux que pour le mariage.

Pourquoi évoquer cette affaire ? Parce qu’il ne se passe pas un jour sans que les socialistes ou d’autres partisans du « mariage pour tous » n’invitent avec arrogance l’Eglise à se mêler de ce qui la regarde, à laisser les élus de la nation légiférer sans qu’elle donne son point de vue, invitant les évêques et les prêtres à rester dans leur sacristie. C’est le cas du porte-parole du parti socialiste, David Assouline qui affirme : « L’Église n’est pas vraiment dans son rôle quand Mgr Vingt-Trois appelle à s’opposer à la volonté du législateur, d’autant qu’il s’agit du mariage civil dans la République laïque. » Que ces donneurs de leçons commencent ! Qu’ils évacuent nos sacristies ! Que l’Etat laïc cesse d’exiger des prêtres une autorisation pour marier des catholiques.

Ce désordre existe depuis la révolution française, il s’agissait alors d’arracher à l’Eglise la gestion de l’étatcivil, laquelle, jusque-là, s’en chargeait de fait puisqu’elle baptisait, mariait et enterrait et que tout le monde, ou presque, était catholique. Aujourd’hui, l’Eglise ne revendique évidemment plus un tel rôle. Exiger le mariage civil avant l’union religieuse est donc une obligation obsolète, c’est aussi une brimade frappant les prêtres.

La séparation de l’Eglise et de l’Etat, que le gouvernement ne cesse d’invoquer, ne saurait bénéficier à l’Etat seulement, que celui-là cesse donc de se mêler du mariage religieux en conditionnant sa célébration d’un feu vert administratif ! Un conseiller d’Etat, Christophe Eoche-Duval, a posé cette question (Recueil Dalloz, 15 novembre) : « Si la liberté individuelle et l’égalité sont la justification avancée du droit pour tous de recourir au mariage civil (…) les mêmes droits constitutionnels ne devraient-ils pas conduire à ne plus contraindre préalablement à se marier civilement pour pouvoir exercer la liberté de se marier selon sa religion, composante de la liberté d’opinion religieuse ? »

Une autre raison d’insister là-dessus. Les socialistes nous expliquent qu’en Espagne, qui fut très catholique et qui l’est encore, le « mariage » des homosexuels a fini par être accepté après que l’Eglise eut protesté contre la loi décidée par Zapatero. Les catholiques ne sont pas résignés, ils continuent le combat même si le gouvernement conservateur du Parti populaire n’a pas touché à ce « mariage » alors que ce parti quand il était dans l’opposition avait présenté un recours devant les tribunaux contre la loi promulguée en 2005 par le gouvernement socialiste. Confirmant ainsi ce que nous écrivions dans notre dernier Bulletin : dans le domaine des moeurs, les libéraux finissent par avaliser les réformes socialistes, vérité, hélas ! des deux côtés des Pyrénées.

Mais les Espagnols, notamment catholiques, eux, n’ont pas désarmé, il y eut encore une manifestation le 30 décembre dernier à Madrid. La foule recueillie était venue de toute l’Espagne écouter l’homélie du Cardinal Rouco, archevêque de Madrid, célébrant la vérité du mariage chrétien. Mais, en Espagne, les époux peuvent choisir un mariage religieux sans avoir à passer devant le maire d’abord. Ils signent à la fin de la cérémonie religieuse l’acte de mariage que l’Église envoie aux autorités civiles.

C’est ce qui se passe dans un grand nombre de pays européens et aux Etats-Unis. Pourquoi pas en France ? Les catholiques espagnols, à défaut de pouvoir obtenir l’abrogation de la loi sur le « mariage » homosexuel, peuvent au moins se consoler en se disant que, pour se marier, ils n’auront pas à attendre, à la mairie, que deux homos aient célébré leur union. Chacun chez soi…

Cela étant dit, on ne saurait exclure qu’un jour, au nom de la loi républicaine, certains frénétiques de « l’égalité », luttant contre de prétendues « discriminations » ne fassent l’inverse : exiger de l’Eglise qu’elle marie les homosexuels ! C’est déjà le cas au Danemark : le parlement danois a rendu obligatoire le 15 juin dernier par 85 voix sur 111 députés, pour l’église luthérienne de célébrer les mariages entre personnes du même sexe, néanmoins les pasteurs de l’église d’état luthérienne, qui sont fonctionnaires, ont un droit de retrait, mais n’ont pas le droit de refuser leur temple à la cérémonie. Certes, là-bas, le luthéranisme est religion d’Etat mais, en France, selon Vincent Peillon, c’est la laïcité qui est religion d’Etat (voir notre précédent Bulletin) : « C’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église, avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi.»

Certes, le pire n’est jamais sûr, mais il serait imprudent de l’exclure à tout jamais, eu égard au degré de sectarisme et d’anticatholicisme de nos dirigeants socialistes. 
Bulletin d’André Noël N° 2315 du 28.01.2013

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