samedi 23 février 2013

Le réel finit toujours par revenir sous la forme la plus rude, pour se rappeler au bon souvenir de ceux qui voulaient le nier

Extrait de "Mariage pour tous" ou fin du mariage ?
Par Yves Charles Zarka, philosophe

LE DÉBUT DE LA FIN DU MARIAGE
Il peut sembler paradoxal de parler ainsi d'individus repliés sur eux-mêmes alors que certains d'entre eux revendiquent le mariage, c'est-à-dire la reconnaissance publique du couple qu'il forment ou peuvent former, auquel il n'ont pas accès parce qu'ils sont homosexuels.
C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. A travers le "mariage pour tous", dont on a montré à plusieurs reprises, et à juste titre, le caractère de slogan, ce qui est en jeu c'est, derrière le principe d'une extension d'un droit, une déréalisation complète du mariage.
Pour l'attester, il suffit de revenir à l'argument qui est le plus souvent utilisé pour justifier le mariage homosexuel : l'amour.
Certes, l'amour est une chose importante, certes le mariage d'amour s'est substitué au mariage de raison. Mais l'amour ne concentre pas à lui seul toute la raison du mariage. Si c'était le cas, on ne verrait pas pourquoi le mariage n'irait pas si loin que l'amour, pourquoi on ne légaliserait pas la polygamie, la polyandrie, et d'autres relations qui relèvent de l'amour.
Ce qu'il faut cependant bien noter, c'est que ramener le mariage uniquement à l'amour, c'est ne retenir de lui qu'une dimension subjective, le soumettre entièrement aux désirs mobiles et changeants d'individus, c'est-à-dire le déréaliser.
Pour le dire autrement "le mariage pour tous" c'est le début de la fin du mariage. On peut même se demander si ce n'est pas cela qui est recherché, étant donné le nombre très réduit d'homosexuels qui entendent se marier.
C'est exactement dans le même sens que vont l'adoption par les couples homosexuels, la PMA pour les couples de femmes et la GPA pour les couples d'hommes. On ne voit pas en effet pourquoi on refuserait à des couples d'hommes d'avoir des enfants par GPA, si l'on admet que les couples de femmes peuvent en avoir par PMA.
A cet égard, le refus affiché par Christiane Taubira, actuelle ministre de la justice, et de l'ensemble du gouvernent à la suite du président Hollande, relève de la pure duplicité. C'est ici le thème du "droit à l'enfant", substitué au droit de l'enfant, ou le thème de la famille comme reposant uniquement sur "le désir et le projet" qui entre en scène.
Or, ces thèmes expriment très exactement la dissolution de toute relation objective biologique, sociale, culturelle pour n'admettre comme loi que les désirs présents et changeants, des individus présents.

LA PLUS DÉSASTREUSE DES ILLUSIONS
Ce que la subjectivité impériale des individus repliés sur eux-mêmes exige aujourd'hui ne fait que tracer la voie à d'autres revendications, au-delà de la PMA et de la GPA, qui deviendront tout aussi puissantes, voire irrésistibles.
Cette voie est celle par laquelle les humains croient qu'ils peuvent s'affranchir de toute loi objective, qu'elle soit biologique, sociale ou culturelle, pour y substituer leur désir du moment.
Cette croyance d'une pleine maîtrise humaine, aidée par les biotechnologies, de l'ensemble des dimensions de l'existence, risque bien d'être la plus grande et la plus désastreuse des illusions. Le réel finit toujours par revenir sous la forme la plus rude, pour se rappeler au bon souvenir de ceux qui voulaient le nier.

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