mardi 2 juillet 2013

« De la mort avant toute chose » ou le procès de Xavier Dor à Paris, le 26 juin 2013


Me Rosny Minvielle de Guilhem de Lataillade,
avocat de Xavier Dor.


 Le docteur Xavier Dor sortant de la 31e Chambre.

La victime des chaussons jaunes.

Le commandant de police de la Brigade de Répression de la Délinquance contre la Personne, agissant sur Instruction du Procureur de la République de Paris, a notifié à Xavier Dor sa convocation en justice selon la procédure de l'article 390-1 du CCP, pour le 26 juin 2013 au Tribunal de Grande Instance de Paris à 13h30. 

Le docteur Dor est jugé contradictoirement sur le fondement des articles L 2223-2 et L 2212-2 du code de la santé publique pour les faits du 2 avril 2011 et des 25 et 26 juin 2012. 

Xavier Dor et son avocat, Me Rosny Minvielle de Guilhem de Lataillade, sont opposés au Procureur de la République, à l'APHP ayant pour avocat Me Benoit Chabert, au MFPF national, ayant pour avocat Me Carole Lageyre, au MFPF de Paris, ayant pour avocat Claude Katz, la CADAC ayant pour avocat Me Isabelle Thieuleux et l'ANCIC. 

Mercredi 26 juin à 13h45, le président du tribunal et ses deux assesseurs entrent dans la 31e chambre correctionnelle de Paris, trop petite pour contenir les nombreuses personnes venues soutenir Xavier Dor. 

La partie adverse était accompagnée d'un nombre réduit de sympathisantes, si l'on considère l'effet d'annonce des jours précédents, de la fermeture des établissements du planning familial dans le but de mobiliser son personnel. 

Des témoins sont appelés par la juge, qui leurs demande de sortir du tribunal. 

Me Minvielle est invité à s'exprimer. Il intervient, sur l'obligation de l'énonciation du fait poursuivi, qui n'est pas respecté dans la convocation de Xavier Dor, et soulève "l'exception de nullité de la convocation". 

La Procureur coupe brutalement la parole de Me Minvielle. 

Ses boucles blondes s'électrisent. "Les faits sont clairs ! En pénétrant dans les locaux, le prévenu sait exactement ce qu'on lui reproche ! Je rejette cette demande", dit-elle d'une voix vive. 

Un bref échange a lieu entre les juges qui sortent précipitamment de la chambre, suivis du Procureur. La séance est levée. 

Après cette interruption, l'audience reprend à 14h15. Je remarque que le président du Tribunal porte un couvre-chef qu'il n'avait pas lors de sa première apparition. 

La juge, à gauche du président, évoque les faits, puis présente Xavier Dor et son association. Elle a du mal à lire "SOS Tout-Petits" sur son document. Manifestement cette association lui est totalement inconnue. Ensuite, comme si un fait exprès, elle lit le 'Ro-si-aire' au lieu du 'Rosaire' avec lente hésitation, puis reprend sa lecture avec plus d'assurance : "L'Assistance Publique et le Procureur estiment qu'il y a eu 'pression morale'. Une enquête préliminaire des faits a été demandée. Alors que le dossier était classé sans suite, le 4 juillet 2012, la présidente du planning familial, Mme Zelensky, a déposé plainte pour 'violence psychologique et pression morale'. Le parquet a été saisi de ces deux procédures". 

Les faits reprochés sur le fondement des articles L 2223-2 et 2212-2 à 6 du code de la santé publique sont les suivants : 

- le 2 avril 2011, Xavier Dor, accompagné de nombreuses personnes devant les locaux de l'hôpital Saint Vincent de Paul et sa permanence d'accueil IVG, aurait distribué des tracts et exhibé des images choquantes. Il aurait perturbé l'accès à l'établissement et empêché la libre circulation des personnes à l'intérieur de l'hôpital. 

Il aurait également exercé des pressions morales et psychologiques, des menaces et des actes d'intimidation à l'encontre des personnels médicaux travaillant dans ces établissements, et des femmes venant y subir une interruption volontaire de grossesse et de l'entourage de ces dernières. 

- les 25 et 26 juin 2012, Xavier Dor se serait introduit dans les locaux du planning familial et sa permanence d'accueil IVG, 10 rue Vivienne à Paris 2e et aurait distribué des tracts et des chaussons de bébé. Il aurait perturbé l'accès aux établissements et la libre circulation des personnes à l'intérieur de l'établissement. Il aurait exercé des pressions morales et psychologiques, proféré des menaces et commis des actes d'intimidation à l'encontre des personnels médicaux, non médicaux, et des femmes venant y subir une IVG au préjudice en particulier de Mme Busca. 

Xavier Dor est appelé à la barre. La juge lui demande de s'exprimer sur la manifestation du 2 avril 2011 devant l'hôpital Saint Vincent de Paul : 

"Nous étions près de la chaussée, nous ne gênions pas l'entrée. Nous étions là pour prier et donner des informations. Nous n'avons jamais été violents. Par contre, vous avez raison, les images sont choquantes, c'est vrai, mais ce sont ces horreurs qui se font dans l'hôpital ! Ces images étaient distribuées aux passants". 

"Ces images étaient données aux personnes qui entraient et qui sortaient de l'hôpital ? A qui donniez-vous ses images, aux femmes qui entraient, aux personnels de l'hôpital ?", questionne précisément la juge. 

"Toute personne qui acceptait, prenait le tract. Nous ne forcions personne !", répond XD. 

La juge insiste longuement en reformulant ses questions différemment comme pour user les réponses de XD, jusqu'à ce qu’elles correspondent à celles attendues. 

"Venons-en aux faits de l'après-midi du 25 : 
- Avec un ami, XD monte dans la salle d'attente du PF où il y avait des dames en majorité. Ils voulaient offrir des médailles miraculeuses et distribuer des tracs à ces femmes", énonce la juge." 

Elle continue d'une voix forte tout en tournant la tête vers le prévenu : "Lorsque Xavier Dor déclare une manifestation, elle est autorisée par la Préfecture, lorsqu'elle lui est refusée, il manifeste quand même. Il a fait de la prison à Villejuif… etc." 

"La responsable du planning familial a-t-elle été désagréable avec vous ce 25 juin ?" lui demande-t-elle. 

- "Non", répond XD. 

"C'est pour ça que vous êtes revenu le lendemain ?", en déduit la juge. 
"Le 26 vous êtes revenu, sans votre ami. Seul, vous ouvrez la porte de l'accueil du PF et vous trouvez la salle d'attente vide. Le personnel du PF est en réunion dans une autre salle. Il y a un escalier, vous le montez…" 

XD témoigne : "C'est à ce moment là que des furies me crient dessus en sortant d'une salle. Je descends l'escalier précipitamment et là, je rencontre cette femme à qui je donne des chaussons et une médaille miraculeuse". 

"Cette dame dit de 'force' et 'sans violence'", précise la juge. 

"Elle n'a pas été hostile", conteste XD. 

La juge insiste en disant que cette femme, dit qu'ils lui ont été donnés "de force". Quand la police l'a interrogé, elle a témoigné qu''elle avait été très choquée', renchérit la juge. 

"Mme Busca, maintient sa plainte. Elle dit avoir vu le 26 juin 2012 dans les locaux du planning familial, une personne âgée s'avancer vers elle qui plongeait ses mains dans un sac. Elle supposait que ce monsieur avait besoin d'aide, alors elle s'est arrêtée à son niveau pour l'écouter. Il lui a mis dans les mains, de force, sans être violent, une paire de chaussons jaunes, tricotés pour bébé, et lui a dit qu'il prierait pour elle". La juge poursuit sa lecture : "Elle a éclaté en sanglot. Elle a été très choquée de cette rencontre. Cette dame est catholique. Ces chaussons l'ont culpabilisé. Elle avait du mal à franchir ce pas". 

La juge termine sur cette citation de Mme Busca : "Cet homme ne sait pas le mal qu'il fait en agissant ainsi…". 

"Cette femme fut très surprise et très émue lors de notre rencontre, moi aussi", confie XD, la voie troublée. "Mon geste pouvait sauver l'enfant de cette dame. Cet acte est violent ! L'avortement l'EST !… pour la femme et pour l'enfant !!!". 

La juge fait taire le public quand XD parle de Lucifer et de Lénine. 

XD continue : "Pour moi, c'était une façon d'être là. Il y a 600 avortements par jours en France…" 

La procureur prend la parole, elle veut l'interroger sur les faits, annonce-t-elle d'une voix tonitruante. "Quel est votre but en montrant ces banderoles VIOLENTES ?" (elle crie en prononçant le mot "violentes"). Votre communication passe par des images violentes ! Quel effet ça fait sur les gens selon vous ?" 

"A la Fontaine Saint-Michel, quand on manifeste, il y a des gens qui nous disent que ce que l'on fait est ignoble. Mais pour moi, j'estime que l'on agit pour le bien commun" répond XD sans se laisser impressionner. 

"Pour vous, c'est le bien commun ?", reprend la procureur (qui le traiterait presque de fou). 

"Oui, c'est le bien commun !", affirme XD. 

La procureur continue impatiente : "Que faisiez-vous dans la salle d'attente du PF ?" 

"J'étais là où l'on dirige des femmes qui vont subir un avortement", répond XD 

"Vous n'allez pas me renseigner sur une IVG !" coupe brutalement la procureur. (Rires dans le public). 

"Quelle était votre activité dans la salle ? continue-t-elle excédée (de ne pas arriver à lui tirer une repentance, plus que des aveux). 

"Votre présence est insolite…" la procureur reformule sa question en devenant de plus en plus brutale. (Elle ne semble pas entendre le fait que XD ne faisait rien de particulier, il était là comme le Christ peut être Présent parmi nous, dans le silence). 

XD, redit qu'il était simplement présent. Pas de prière. 

La juge, reprend l'acharnement : "Etes-vous venu le 25 avec des médailles et des chaussons ?" 

La procureur n'attend pas la réponse, elle veut savoir ce que faisait XD. Elle lui demande ce que, lui, et la femme, à qui il a donné une paire de chaussons, se sont dit. "Quelle était votre conversation ?" 

"Vous pouvez me griller sur le feu, que je ne peux pas vous dire autre chose !" lui crie XD, hors de lui. "Elle était en bas de l'escalier, je descendais, nous nous sommes rencontrés !" conclue-t-il, persécuté. 

Questions des parties civiles : 

L'avocat du PF : "Un acte consistant à remettre des chaussons de force est un acte d'une violence morale inouïe". 

"Le chausson a sa douceur, en même temps sa violence, car il peut toucher la femme", dit XD avec douceur. 

"La loi interdit toute violence !!!" hurle l'avocat. 

"La loi est criminelle ! Quand la loi est criminelle, comment exécuter une loi criminelle?", interroge XD, de toute sa conviction. 

"Allez-vous continuer à manifester après votre jugement ?" lui lance l'avocat toute gorge déployée, fort de son piège. 

"Pour délit d'entrave à meurtres ? Oui ! Je vais continuer !!!" affirme-t-il sans hésiter. "Nous ne sommes pas des terroristes !! Nous sommes pacifiques et au nom de la liberté d'expression nous avons le droit de manifester !". 

Maître Minvielle, l'avocat de XD, intervient et demande au procureur de visionner une vidéo qu'il a mise au dossier sur la présence de XD devant l'hôpital Saint Vincent de Paul. Elle lui refuse au titre qu'une vidéo n'est pas une preuve. 

Appel des témoins : 

Mme Busca s'avance la première à la barre. Elle prête serment en levant la main droite. 

"Le 26 juin, dans l'après-midi, j'ai rencontré, monsieur, (elle désigne XD de la tête). Il m'a arrêté. Je pensais que c'était un vieux monsieur. Il a sorti de son sac des paires de chaussons". (Grande émotion… elle s'arrête de parler… silence dans la salle, elle ne peut plus parler…, elle reprend.) "Il a dit qu'il prierait pour moi, qu'il fallait encore réfléchir. J'étais bouleversée." 

"Il vous remet les chaussons et la médaille ?" demande la juge. 

La femme est très émue. Elle continue."J'étais sonnée par cette rencontre et c'était d'une violence inouïe". 

La juge l'accompagne de ses questions : "Vous vous trouviez devant ce monsieur, et puis ?…" 

"Il m'a attrapé la main et il m'a donné des petits chaussons et une médaille miraculeuse", témoigne la femme. 

"Vous vous sentiez mal ?" demande la juge. 

"Je me suis débarrassée de lui" termine-t-elle. 

"Quel est votre ressenti psychologique ?" reprend la juge. 

"Je trouve ça injuste de faire intrusion dans ma vie !" dit-elle énergiquement. "Ce n'est pas une preuve de bonté de s'attaquer à des gens vulnérables, c'est violent !" 

"Etait-ce une violence morale ?" (Affirme ou) interroge la juge. 

"Oui" dit-elle, puis elle reprend sa place dans le public d'un pas vif. 

Je la suis des yeux et je vois entre ses cheveux noirs mi-longs un sourire de complicité et de jubilation illuminer son visage à la vue des personnes de sa partie. Elle avait bien joué son rôle. Elles étaient satisfaites. 

Les deux autres témoins s'expriment. (Pour faire court, je ne relate pas les témoignages des conseillères du PF qui n'apporteront rien de plus au lecteur). 

Le premier avocat des parties civiles, Me Claude Katz, prend la parole : 
"Si XD croyait entrer dans "le bureau de Dieu", il s'est trompé ! De quel droit exercer une telle violence sur ces femmes par leurs présences insolites ?? Avec cette bonhommie, due à son âge, il parle de liberté, de devoir, de responsabilité, mais cet exercice demande de les exercer ! La loi autorise que l'IVG ne soit pas vécue par les opposants, mais le droit à l'avortement est un droit à l'avortement. C'est un droit obtenu de longues luttes. Puisque vos convictions sont au-dessus des lois et que vous dites que vous allez continuer, je demande une réponse pénale efficace pour protéger les citoyens de vos agissements". Il montre l'arme du délit à l'assemblée, les chaussons jaunes qui se balancent au bout de ses deux doigts, et demande 3 000 euros pour réparation du préjudice moral + 3 500 euros. 

L'avocat suivant, Me Chabert, prend la parole et fait une tirade hors propos. 
Il s'adresse directement au président du Tribunal qui reste impassible. Cela ressemble à un monologue ou plutôt à un échange obscure que seuls ces deux hommes sont capables de décrypter. Le public est déstabilisé. 
Lorsque l'avocat Chabert annonce que le juge préside pour la dernière fois, cela nous éclaire quelque peu sur la situation. Nous nous sentons pris en otage, et en tout état de cause, témoins d'un éloge ou d'un règlement de comptes, on ne sait pas bien. Peut-être, est-ce le premier acte d'une autre pièce de Théâtre, jouée ici par erreur : 
"…Monsieur le président, je sais que je vous agace… Monsieur le président, qui va, pour la dernière fois, (dans mes prises de notes, j'ai noté "1ère" ce qui n'est pas logique, sauf si c'est l'expression d'un profond mépris), témoigner de notre indépendance absolue, radicale et courageuse… Jamais vos jugements ne sont contraires au droit…" 

Il en vient, enfin, à l'affaire en jugement… 

"Monsieur Dor n'aime pas la France. Il ne supporte pas la France. Quand on ne respecte pas les lois, on n'aime pas son pays". (Je me demande s'il dit la même chose aux nombreux délinquants venant de l'étranger, parfois multirécidivistes. J'ai trouvé ce langage nationaliste insolite de la part de la partie civile dans ce contexte.) "Si on veut se battre, on fait élire les députés qui ont les mêmes convictions que vous. Pourquoi entrer dans la logique d'être contre la loi ?" 

Tout d'un coup, l'avocat (qui aime les effets d'annonces apparemment) parle de la Samaritaine de façon très inspirée… " 'tu es digne malgré le fait que tu sois une mauvaise femme'… lorsque Jésus dit cela, ce sont des élucubrations ! Comment utiliser Dieu ??", hurle-t-il dans le tribunal. "C'est inacceptable !!!" 

"On a créé des textes pour ces gens qui empêchent l'exercice de cette loi. L'idée même de créer des textes pour que la loi s'applique est inadmissible ! Alors, on va créer tout aussi bien une loi pour qu'il n'y ait pas d'entraves aux mariages homosexuels !! 

Le Pape ne dit pas qu'il ne faut pas exercer la loi, il a parlé de l'abroger. 

Cette loi est-elle contraire à la liberté d'expression ? Le texte est clair ! Il y a infraction ! Dois-je faire en sorte que le feu rouge n'existe pas ? (Là aussi c'est confondant ! Entendre la partie adverse parler de déni, quand elle-même est dans le déni de crime contre le plus faible des humains).

XD est vieux et il ne sait plus ce qu'il dit... La personne qui exerce son droit commet-elle le mal ?" 

Pour terminer, il cite un père dont l'enfant est trisomique : 'Une de mes connaissances, le père d'un enfant trisomique, sortant d'une de ces Fondations pro-vie bien connues, m'a confié : 'C'est formidable que dans cette société on ait le choix', voilà ! C'est ça être chrétien !" conclue-t-il. 

L'avocate de l'ACADAC s'exprime à son tour à la barre : 

"Monsieur Dor a oublié qu'aujourd'hui il s'agit de son procès. L'association a subi un préjudice. Le droit est remis en question à cause de ces individus qui enfreignent la loi. Je ne veux plus qu'ils prennent les tribunaux comme tribune. Je demande 2 000 euros pour réparation du préjudice moral + 1500 euros. 

Me Carole Lageyre garde sa place. Derrière sa consoeur, je la vois, le torse en avant, le cheveux raide, noir et court. Je crois distinguer des crocs sortir de sa bouche quand elle prononce cette première phrase… : 

"Je ne plaiderai pas sur la Bible ou sur le Coran… je répondrai sur les infractions de XD. Il a à répondre à "entrave à IVG". A cause de la "victime" (lapsus amusant) je veux dire le "prévenu", à cause de gens comme lui, il a été question de refaire une autre loi et dans cette proposition de loi, la sanction était conforme à la législation. Sa personnalité me paraît très importante. Il est sur tous les sites. On le trouve avec l'extrême droite. Il est un peu illuminé, mais il est tout, sauf inoffensif. Des jours d'emprisonnement à 84 ans ?…, il rit ! Ce qu'il a dit dans la salle a fait rire le public. Ces nombreux amis ont beaucoup ri, c'est pour faire le spectacle dans le tribunal qu'il est là. Et ce soir, avec ses amis, il racontera ses bons mots. Il est nocif et profondément dangereux !!! Il a ce profil d'un homme gentillet, alors qu'il est médecin. La peine ne peut être une peine de prison. La sanction ? Je demande que toutes ces petites associations très opaques donnent de l'argent aux parties civiles, pour les dédommager. "Alliance Vitalie ?? (Alliance Vita sans doute)" et plus largement à l'ensemble de ces associations." 
Le ton de sa voix s'atténue. "Le planning familial, lui, ne vit que de maigres subventions de l'état et il a toutes les difficultés pour trouver de l'argent. Cette association "tire le diable par la queue" (C'est presque comique !), de l'autre côté ces associations sont florissantes !". (La note finale du timbre de sa voix se perd dans les aigües). 

La procureur : 
"Le tribunal n'est pas une tribune politique et idéologique (là aussi, j'ai trouvé ça comique), la loi doit être respectée et une loi qui autorise aux femmes de faire des IVG, c'est une loi qui n'entrave pas la liberté d'expression. Vous avez le droit de vous exprimer. Cette liberté a une limite et cette limite à la liberté est le respect de la liberté d'autrui. Vous avez cherché à la contester. 

Il existe des commandos qui font de l'entrave à IVG, et cette loi sur le délit d'entrave a été votée à cause de ces commandos. 

Cette quiétude et cette sérénité doivent exister dans ces établissements et XD les a détruites. Il encoure 38 000 euros d'amende et des peines d'emprisonnement. Il faut revenir aux fondamentaux :" Elle cite des articles du code de la santé publique, puis poursuit : 
"On a des faits très subtils et on revient sur deux faits : des tracts plus banderoles, et l'entrave à l'accès d'une entrée d'hôpital… ou bien c'est une simple liberté d'expression qui passe en 1ère instance, etc. - ou il faut-il interdire les manifestations ? - XD, peut-être, est-il soucieux dans ses convictions extrémistes, mais il sait très bien ce qu'il en est ! Il minimise les faits… 'Attendez, je n'ai pas fait violence à cette femme !' nous a-t-il dit. Cette femme a été extrêmement émue encore aujourd'hui, quelques années après. Xavier Dor n'a pas eu la moindre humanité en lui donnant des chaussons de bébé dans les mains. 

La question du génocide et de la notion de crime contre l'humanité, je ne sais pas faire ce débat. 

Je reviens sur la personnalité de XD. Il a des antécédents. Il est déjà connu, regardez sur google… Ses convictions religieuses ont engendré des barbaries. S'il n'est pas content qu'il aille dans un autre pays où l'IVG est interdit. Ses convictions religieuses violent la loi. C'est du mépris total pour cette victime qui vient au tribunal. Et dans le cadre de vos grands principes religieux, c'est inhumain que de se présenter devant une jeune femme. Au nom de l'intelligence humaine, il aurait dû se renseigner avant de s'approcher de cette femme. Il fait fi de l'individu ! Je demande 8 000 euros d'amende et 1 mois de prison avec sursis. Je voudrais qu'il se remette en question !! Méprisez la loi, méprisez l'homme, vous recommencerez, dont acte !! Je serais là pour que vous ne recommenciez pas !! Une bonne thérapie vous ferait du bien !!". Elle se rassied dans tous ses états. 

La plaidoirie de Maître Minvielle, l'avocat du docteur Dor, est très technique. Il s'attache à la syntaxe et au droit français, et européen, en faisant référence à de nombreux articles. 

En particulier, il aborde le droit à la liberté d'expression garanti par l'article 10 de la Cour Européenne des Droits de l'Homme : 

"La jurisprudence de la Cour de Strasbourg limite la liberté d'expression en matière d'avortement quand les articulations comportent des menaces à l'encontre des partisans de l'avortement. Ce n'est pas le cas en l'espèce !" ; 

"La Cour de Bordeaux (3e chambre correctionnelle) a rendu le 6 avril 2007 un arrêt de relaxe au bénéfice d'un poursuivi en entrave à IVG par pressions morales et psychologiques. Le prévenu avait été pourtant jusqu'à écrire au médecin avorteur des propos très sévères reproduits dans l'arrêt, à savoir : 'Quand arrêteras-tu, vil assassin déguisé en médecin, de tuer des petits enfants ?'. Ces pressions n'ont pas été jugées suffisantes par la Cour de Bordeaux pour qu'elle condamne le poursuivi. Il apparaît donc que le discours condamnant l'avortement peut se faire entendre avec force et avec des articulations morales et psychologiques sans pour autant qu'il s'agisse de pressions condamnées par la loi." 

L'autre moyen de défense de Me Minvielle, s'articule autour des notions de génocide et de crime contre l'humanité, en faisant référence aux textes du code pénal : Articles : 211-1 ; 434-1 ; 122-4 

"Constitue un génocide le fait, en exécution d'un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d'un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l'encontre de membres de ce groupe, l'un des actes suivants : 
- atteinte volontaire à la vie 
- atteinte grave à l'intégrité physique du psychisme 
- soumission à des conditions d'existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe 
- mesures visant à entraver les naissances 
- transfert forcé d'enfants". 

La défense aborde maintenant la notion de 'non assistance à personne en danger' : 
"Par ailleurs, le fait pour quiconque ayant connaissance d'un crime, dont il est susceptible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende".

"- En l'espèce, les actes du prévenu ont pour finalité de tenter de prévenir ou de limiter les effets des mesures d'entrave aux naissances en prévenant la population et en particulier les autorités hospitalières." 

Il précise également : "La prévention peut montrer des images choquantes, dans la mesure où elles ne comportent pas de menaces, etc. 

Me Minvielle fera remarquer : "...il n'est pas question d'imposer sa religion à autrui, il s'agit simplement de l'application du droit européen et français… ". 

Me Minvielle n'est pas toujours audible. De nombreuses personnes du public quittent la Chambre avant la fin de sa plaidoirie. Sans doute que les amies des parties civiles estiment que l'affaire est gagnée. 

Derrière moi, j'entends l'une d'elle : "Il faut qu'elles crachent toutes ces associations" et de renchérir… "C'est trop top si on leur prend tous leurs sous ! Allez 1 million six cents mille euros… c'est ce qu'il nous faut !" 

La juge se tourne vers Xavier Dor pour lui demander s'il souhaite s'exprimer une dernière fois, en lui précisant : "Ne prenez pas le Tribunal pour une tribune !" 

"On m'accuse d'inhumanité..., commence XD (puis il poursuit en parlant vite, dans la crainte qu'on lui coupe la parole à chaque instant)... je voudrais vous raconter le témoignage d'une femme qui partait pour une IVG. Elle est passée devant nous, alors que nous étions quelques uns à distribuer des tracts devant un lycée, ce qui l'a dissuadé d'avorter. Elle me remerciait quelques années plus tard pour son bonheur qui avait 13 ans. 'Cette enfant est la joie de ma vie', m'a t-elle confié. 

XD donna d'autres témoignages… (ils sont dans une de mes vidéos que je mettrai bientôt en ligne. Reportage datant du mois d'avril 2013). 

"On vit l'évidence d'un génocide, poursuit-il, c'est à cause de la France maçonnique ! Pierre Simon l'a écrit dans son livre : "De la vie avant toute chose". Je le cite "La vie, c'est un matériau qui se gère"*. 

La juge fait signe à XD que son temps de parole est terminé. 

Elle déclare que Mme Busca se porte partie civile. Celle-ci est appelée à la barre. La victime s'avance très déterminée. Elle demande de l'argent de la part de toutes les associations sans les nommer, pour chacune des parties civiles. 

Le président quitte la chambre suivi de ses assesseurs. 

La salle se vide à 17h15. Délibéré le 16 septembre 2013. 

* Page 219, 14e ligne : "Qu'on le sache bien : la société contraceptive, succédant à la société abortive, différera totalement de la nôtre. A changer notre attitude et notre comportement devant la vie - n'y voyant plus un don de Dieu mais un matériau qui se gère -, c'est l'avenir tout entier que nous faisons basculer." Pierre Simon, "De la vie avant toute chose".

5 commentaires:

  1. ""Je trouve ça injuste de faire intrusion dans ma vie !" dit-elle énergiquement. "Ce n'est pas une preuve de bonté de s'attaquer à des gens vulnérables, c'est violent !"
    " "Mon geste pouvait sauver l'enfant de cette dame. Cet acte est violent ! L'avortement l'EST !… pour la femme et pour l'enfant !!!""
    Un non dialogue de sourds

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  2. Livre de la Genèse 18,16-33.
    Les visiteurs se levèrent pour se rendre à Sodome. Abraham marchait avec eux pour les reconduire. Le Seigneur s'était dit : « Est-ce que je vais cacher à Abraham ce que je veux faire ? Non, car Abraham doit devenir une nation grande et puissante, et toutes les nations de la terre doivent être bénies en lui. En effet, je l'ai choisi pour qu'il ordonne à ses fils et à sa descendance de garder le chemin du Seigneur, en pratiquant la justice et le droit, afin que le Seigneur réalise ce qu'il avait promis en faveur d'Abraham. » Alors le Seigneur lui dit : « Comme elle est grande, la clameur qui monte de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu'à moi. Si c'est faux, je le reconnaîtrai. » Les deux hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu'Abraham demeurait devant le Seigneur.
    Il s'avança et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Est-ce que tu ne pardonneras pas à cause des cinquante justes qui sont dans la ville ? Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le pécheur, traiter le juste de la même manière que le pécheur, quelle horreur ! Celui qui juge toute la terre va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ? » Le Seigneur répondit : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d'eux je pardonnerai à toute la ville. » Abraham reprit : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre ?
    Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il répondit : « Non, je ne la détruirai pas, si j'en trouve quarante-cinq. » Abraham insista : « Peut-être en trouvera-t-on seulement quarante ? » Le Seigneur répondit : « Pour quarante, je ne le ferai pas. » Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j'ose parler encore : peut-être y en aura-t-il seulement trente ? » Il répondit : « Si j'en trouve trente, je ne le ferai pas. »
    Abraham dit alors : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur ? Peut-être en trouvera-t-on seulement vingt ? » Il répondit : « Pour vingt, je ne détruirai pas. » Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu'une fois. Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » Et le Seigneur répondit : « Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. »
    Quand le Seigneur eut fini de s'entretenir avec Abraham, il partit, et Abraham retourna chez lui."



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  3. 2 coquilles dans le nom "Rosny Minvielle de Guilhem de Lataillade"

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    1. Bien vu. Merci.
      L'intéressé ? peut-être... si oui, avec mes excuses.
      Bien cordialement,
      anne.kerjean

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  4. Merci Anne Kerjean pour cette retranscription fidèle, qui servira pour la postérité. C'est comme si on y était...
    nm

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