dimanche 13 octobre 2013

Paul Bedel dans sa vie de paysan (Film documentaire complet)



Rémi Mauger, réalisateur à la télévision, né en Normandie : "Je connais Paul depuis mon enfance ici dans la Hague, quand tout le monde ou presque était paysan. Lorsque j'avais 20 ans, on me disait de profiter de lui, parce que des comme ça, je n'en verrais plus beaucoup." Paul Bedel : "Tu veux faire un film sur moi ? Tu vas te donner bien du mal. Les gens doivent nous trouver folkloriques. Mais moi, je ne suis pas dans le folklore, je suis dans ma vie."

Voilà le projet de Rémi Mauger. Tout est dit. Cet homme du cru, marqué comme tous les gens du coin par l'irruption d'une usine nucléaire dans sa lande natale, témoigne. Devenu cinéaste, il a vu comment l'usine a chamboulé la région. Il a vu son père, agriculteur, répondre comme beaucoup d'autres aux sirènes atomiques,changer de métier, de vie, de rythme. Et il a ressenti le besoin, à travers ce film documentaire, Paul dans sa vie, de signer cet hommage à ce paysan pur et dur, l'un des derniers à se sentir en harmonie avec son activité et son environnement.

Qui est Paul Bedel ? Un type qui a tout sacrifié pour poursuivre la tâche de son père, faire en sorte que ses mains "remplacent les siennes". C'est à pied qu'il tire sa carriole à foin, en tracteur qu'il se rend aux champs, en Mobylette qu'il va pêcher sur la plage, à marée basse, pour ramasser crabes, homards et bigorneaux. Cela fait des années et des années qu'il obéit aux saisons, sans voir passer le temps, sans avoir vu que le temps s'en va. Traire les vaches au pré,renifler l'odeur du lait qui n'est pas la même suivant le champ où la bête s'est repue, faire du beurre que ses soeurs vendent aux voisines, semer blé et avoine, faucher, récolter, réparer les machines, alterner petits bricolages et grosses corvées.

Paul suit l'heure solaire et lit le journal le lendemain de sa parution, quand l'un de ses frères le lui amène. Placide, il regarde le Salon de l'agriculture à la télévision : le folklore, il est là, dans cette rassurante image entretenue par l'imaginaire. On y parle de valeur ajoutée, de beurre au goût de noisette : "Tout a goût de noisette !", ironise-t-il, lui qui, au fil des ans, a dû s'habituer à voir les champs qui entouraient les siens désertés.

Paul a de l'humour : "Pour avoir un oeuf, il faut que je laboure, récolte du blé pour en nourrir ma poule. Tu parles d'un boulot !" Il a toujours voulu vivre "au plus près du naturel", il tient un journal intime depuis toujours, dans lequel il consigne ses faits et gestes, et le temps qu'il fait, le temps "qui n'est jamais perdu". Depuis toujours aussi, il est bedeau à l'église du village, le curé lui a confié mission d'apporter la communion aux personnes alitées. La première fois qu'il a donné l'hostie, c'était pour son père. Emotion.

Paul a les larmes aux yeux lorsqu'il parle de son père. Il dit aussi que ses vaches font partie de la famille depuis des générations, que chacune est le portrait craché de sa mère, et que ça lui fait quelque chose de vendre ses veaux avant de prendre sa retraite.

Paul est un innocent, un brave type, terriblement attachant, l'un de ces hommes sur lesquels des gens comme Rémi Mauger, disciple de Raymond Depardon, ont à coeur de faire un travail de mémoire. Paul dans sa vie est le prototype de beaux films sur l'héritage, la transmission, le patrimoine, que l'on devrait voir sur une télévision digne de ce nom.

N'accusons pas les programmateurs du service public : Paul dans sa vie a été diffusé sur quelques antennes régionales de France 3 dans une version de deux fois 52 minutes, et dans son entier au milieu de la nuit. Le portrait d'un type qui n'a pas vendu son âme ne peut pas passer en prime time.
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