vendredi 17 janvier 2014

"Respect de la vie : Espagne 1 - France 0" : Tribune de Jean-Marie Le Méné dans Le Figaro


Déjouant tous les augures, la première des réformes sociétales à fondre sur la France en 2014 ne sera ni l’ouverture de la PMA aux homosexuels, ni la GPA, ni l’euthanasie. Non, le premier sujet de la nouvelle année sera une atteinte maximale à l’intérêt de l’enfant par l’extension de l’avortement. Pendant ce temps-là, dans un mouvement symétriquement inverse, la première des réformes sociétales à être votée en Espagne sera la restriction de l’avortement. Un démenti aux Cassandre pour lesquels il serait impossible de revenir sur une réforme de société.
Ainsi, le gouvernement français entame sa tranche annuelle de sape de la famille sur un « petit » sujet qui mobiliserait peu en France parce qu’il est tenu pour acquis. On aurait tort de ne pas se méfier. L’idéologie abortive est un exercice de style, une figure imposée, une sorte de Prix de Rome consistant à repousser les frontières de la transgression. Qu’on en juge. Le Haut conseil sur l’égalité entre les femmes et les hommes, mis sur orbite par la ministre des droits des femmes, vient de produire pas moins de quarante recommandations pour améliorer l’accès à l’avortement. Nul ne savait que celui-ci était menacé dans un pays qui détient l’un des premiers taux de pratique au niveau européen. Ni que le gouvernement était en manque de priorités. S’en est suivi un texte approuvé au Sénat en catimini, voté en commission à l’Assemblée dans l’indifférence des veilles de fêtes, et qui sera présenté le 20 janvier en séance publique. Il contient des amendements qui affranchissent l’avortement des limites de la loi Veil. Dissimulée dans un projet de loi sans aucun rapport, sur l’égalité, cette réforme est loin d’être mineure. Deux dispositions seront modifiées : la suppression de la notion d’état de détresse et l’extension du délit d’entrave.
En quoi ces deux changements vont-ils aggraver la banalisation déjà patente de cet acte en France ?
La suppression de l’état de détresse de la femme va faire basculer l’avortement du statut de dérogation vers celui d’un droit. Depuis la loi de 1975, il est dépénalisé mais n’a jamais été un droit. C’est une dérogation au principe du respect de tout être humain dès le commencement de sa vie. Chacun sait que, dans la pratique, les femmes n’ont pas à prouver leur détresse. Mais cette faible contrainte indique quand même que l’avortement n’est pas une solution pour tout, ni pour choisir le sexe de l’enfant, ni le sélectionner à la carte en fonction de son génome, ce qui sera rendu possible par la loi, au grand bénéfice du marché. La suppression de l’état de détresse entraîne un droit sans limite, dont on serait bien inspiré de mesurer la contrepartie en termes d’obligations. Le constitutionnaliste Bertrand Mathieu évoque un « véritable bouleversement ». Les prochaines étapes seront celles de la suppression de l’objection de conscience, puis de ce curseur arbitraire qu’est devenu le délai pour avorter, et enfin de la loi de 1975 elle-même, désormais inutile.
Le deuxième amendement vise à étendre le délit d’entrave à l’information sur l’avortement. Malheur à ceux qui avertiront des dangers de l’avortement, ou tenteront d’en dissuader celles qui se posent des questions, voire qui oublieront d’en parler. Cette disposition inspirée par les féministes ProChoix, auditionnées en octobre à l’Assemblée, est liberticide. Elle cible les plateformes d’écoute des femmes enceintes et les sites Internet qui seront donc empêchés de promouvoir la vie puisqu’on leur imposera de promouvoir aussi la mort. A l’acharnement contre la vie naissante s’ajoute une atteinte à la liberté d’expression qui n’est pas sans conséquence. L’avortement, étalon-or de toutes les réformes sociétales, y compris le mariage homosexuel, sera aussi le vaisseau amiral du droit à l’euthanasie. Qui peut faire passer l’enfant non désiré peut faire trépasser le vieillard indésirable. Or, par crainte d’excommunication médiatique, les dénonciateurs des effets sont moins souvent les pourfendeurs des causes. Et si l’on entend beaucoup de soupirs sur la destruction de la famille, on voit moins de flamme pour s’opposer à la destruction de son maillon le plus faible, l’enfant à naître.
Nos cousins espagnols n’ont que faire de ces atermoiements. Avec panache, ils disent stop à l’omerta sur l’avortement. Encore dans l’opposition, ils en avaient fait une promesse politique de campagne. Souvenons-nous des grandes manifestations de 2009 qui leur ont porté chance. Deux ans après le changement de majorité, un projet de loi sera voté. Il limite la possibilité de l’avortement au cas de viol et si la santé physique et psychique de la mère est menacée. Mais surtout il endigue l’eugénisme qui se répand en Europe comme une marée noire. Il va devenir urgent de se réfugier dans un des rares pays où on n’aura plus le droit de faire mourir des enfants avant la naissance au motif qu’ils sont trisomiques. Les Espagnols ont expérimenté que le libéral-socialisme, même à dose toxique, ne dissout pas la nature humaine. Soyons nombreux à exprimer cette idée neuve en Europe lors de la Marche pour la vie du 19 janvier (enmarchepourlavie.fr).

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