mercredi 12 février 2014

"Retour massif de l'esprit PAÏEN", Mgr Robert Poinard


L’un de mes grands regrets est de constater très régulièrement le manque de lucidité de beaucoup de chrétiens qui, se croyant encore en période de chrétienté, adoptent des idées et des moyens d’action totalement inadaptés au temps que nous vivons. Or, quand la pensée et l’agir sont inappropriés ils sont totalement inefficaces, comme autant de coups d’épée dans l’eau. La lucidité sur notre temps je viens de la trouver dans l’essai «Les pierres d’angle. A quoi tenons-nous ?» de Chantal Delsol, aux éditions du Cerf.

Cette philosophe catholique rappelle comment l’esprit des Lumières, ayant en quelque sorte « récupéré » la notion chrétienne de salut, l’a totalement dénaturé en le dévoyant dans la notion de progrès. Exit la transcendance au profit d’une vision entièrement matérielle donc purement terrestre. De plus cette perversion s’est accompagnée, spécialement dans la culture française, de l’exclusion totale de la religion qui, non seulement n’a plus aucune place dans une telle perspective, mais qui est seulement envisagée comme un frein au progrès. Toutefois lorsque le progrès tombe en panne les Lumières viennent à s’éteindre et ce peut être pour beaucoup soit le désespoir soit l’espérance devenue folle.

Hors de la religion, qui est une quête de la Vérité, il ne reste plus désormais que le mythe. Ainsi cette espérance devenue folle promeut en salut une nouvelle supra-valeur : l’écologie, pratiquement érigée en Dieu puisqu’elle vise à dominer tous les choix humains. Avec prétention, cette nouvelle forme de transcendance édicte même sa propre morale qui entend régir l’ensemble des comportements individuels et collectifs.

Chantal Delsol constate, comme nous pouvons tous nous en apercevoir quotidiennement, un retour massif à l’esprit païen : « à partir du moment où s’efface la chrétienté, c’est-à-dire l’influence prédominante du christianisme sur les lois et la morale sociale, alors les lois et la morale se paganisent. Je donne l’exemple de l’eugénisme : toutes les sociétés pratiquent l’eugénisme, sauf la nôtre. Dès que la chrétienté s’efface, l’eugénisme réapparaît. »

Voilà pourquoi la nouvelle évangélisation est plus urgente que jamais. Mais attention aux nostalgiques de l’ancienne chrétienté : quand nos papes disent nouveau ils nous montrent le chemins des moyens que notre temps met à notre disposition. On ne bâtira pas le christianisme de demain avec les recettes d’avant-hier. L’Histoire nous enseigne que la nostalgie ne paie jamais. Nous avons besoin de l’audace des courageux, de l’entrain des intrépides, de l’inventivité des imaginatifs, pour renouveler nos manières d’annoncer l’Evangile en n’hésitant pas à user de tous les moyens modernes pour apporter le Christ à nos contemporains désormais totalement paganisés. C’est un rude défi, mais comme le souligne avec justesse Chantal Delsol, chaque fois que les chrétiens ont été minoritaires ils ont été plus combatifs, plus vertueux et donc plus féconds...

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